Rencontre avec Johan, légende locale de la House Music

Le DJ Johan deejay qui mix dans la petite salle de l'h2o, ancienne référence du clubbing en belgique, comme l'était la bush, l'escape concept, le captain ou encore lagoa, situé à Pecq en Belgique

En plein confinement, avec cette interdiction de sortir et de faire la fête, de ne plus pouvoir côtoyer les bars, les restos, mais aussi les soirées, je me suis retrouvé nostalgique sur mes années clubbing Belge. 

J’ai découvert la culture Clubbing en 2006 à l’âge de 16 ans lors d’une soirée panthère (au profit de la lutte contre le sida) à l’H2o club. Cet endroit mythique m’a accueilli ce jour-là, et, à partir de ce moment précis, j’avais attrapé le virus. J’ai découvert une ambiance, un style de musique, mais surtout, une envie de faire la fête dans cette white room de l’H2o nommée aussi “La petite Salle”. On y voyait les mêmes têtes chaque week-end, on se sentait chez soi. La semaine était rythmée par l’envie de retrouver le club, ses doubles whisky coca et la corne de brume chaque week-end. 

Ces beats House à l’accent funky était là pour donner le sourire au gens. C’est dans cette salle que j’ai appris à aimer la musique, en effet, de nombreux beats house ne sont que l’héritage du passé funk, rock et soul. Si aujourd’hui je me suis ouvert à autant de style de musique, c’est grâce à la House diffusée à l’H2. De grands DJ sont passés sur ces platines, Phil weeks, Cajmere, Dj W!ld, Dj Sneak pour ne citer qu’eux (la liste est tellement longue que je ne pourrais tout citer). J’ai pris des claques musicales dans ce lieu, des moments ou un break apparaît, la lumière colorée illumine les visages, un kick survient de nulle part, l’ensemble des clubbeurs qui se mettent à crier, les frissons qui montent…. Tout ça dans une ambiance très intimiste. On parle souvent des méga-dancing Belge, des énormes discothèques, mais justement, la petite salle était différente, elle était à taille humaine et je pense que son charme vient en grande partie de cela.

En évoquant la petite salle de l’H2o, deux noms sortent du lot selon moi, Cimaï et Johan. 2 Résidents amoureux de leur club, passionnés de musique, qui m’ont fait danser jusqu’au petit matin sur du inland knights. C’est avec une grande joie et beaucoup d’honneur que Johan a bien voulu répondre à mes questions autour de ce mouvement si important à mes yeux. Alors avant de commencer je voulais te dire merci Johan !

Photo de Johan ancien DJ de l'H2o en train de mixer lors d'une soirée. Reconnu dans le nord de la France et en Belgique pour être un véritable ambassadeur de la House Music

BF&S : Bonjour Johan, je suis ravi de pouvoir t’interviewer sur ce sujet qui me tient à cœur. Avant tout peux-tu présenter ?

Johan : Salut l’équipe, moi c’est Johan, parents français mais belge d’origine, quelqu’un avant tout passionné et curieux, qui ne savait pas trop quoi faire de sa vie tellement il voulait faire de choses et qui s’est par le plus grand des hasards retrouvé devant des platines et une table de mixage et vouloir savoir comment ça marche, et qui ne les a plus quittées depuis 34 ans.

BF&S : Comment as-tu découvert le monde du clubbing et quels sont les éléments qui t’ont permis d’être un acteur majeur de cette scène ?

Johan : J’ai découvert le monde du clubbing quand tous mes amis, souvent plus âgés, me parlaient d’un immense club complètement fou à Gand ou les gens étaient lookés, excentriques, et où la musique qui y était jouée était quelque chose de totalement nouveau, c’était le Boccacio, j’avais 16 ans. Ensuite, une amie a ouvert une discothèque avec de la musique généraliste et comme je n’aimais pas ça, je sortais ailleurs et en fin de soirée je passais la voir. Un jour je lui ai demandé de me laisser mixer 15 minutes pour faire plaisir aux potes qui m’avaient accompagnés. La semaine suivante j’ai mixé 30 minutes, la suivante, 1 heure devant des gens qui eux aussi venaient finir leur soirée là-bas. Et puis quelques mois plus tard il était midi et je mixais devant 500 personnes. A la base, mon rêve c’était d’être styliste, mais je dessinais comme un pied. Du coup mixer c’était un peu comme de l’habillage, mais musical.

BF&S : Comment ton style musical a évolué durant ces années ?

Johan : Je pense que j’ai toujours eu envie de jouer de la musique qui donne le smile aux gens, qui leur donnent envie de communiquer, des trucs joyeux, vocaux, positifs, communicatifs, des trucs généreux qu’on a envie de partager avec l’inconnu à côté. Quand j’ai commencé a mixer en boite, j’ai eu la chance de découvrir chez les disquaires des vinyles importés des états-unis et qu’on appelle maintenant la  “house music”. J’ai toujours joué de la house, et j’ai évolué avec elle, même si souvent la tendance était plus trance ou plus techno, je gardais mon identité, et je la garde toujours. Même si la tendance est aux sons plus darks et sombres, et que, forcément si tu joues ce style ou que tu t’adaptes tu auras plus d’opportunités, ce sera un public à qui je ne correspondrais pas et inversement, ou pour l’argent ou la notoriété. 

BF&S : Quelle était la partie du métier qui te plaisait le plus à l’H2o ? Si je ne dis pas de bêtise tu avais plus de rôles qu’être résident ?

Johan : J’ai eu la chance après quelques années à  l’h2o de pouvoir laisser s’exprimer mon imagination débordante et m’occuper de toute la direction artistique, de donner vie à la musique si on la regardait avec les yeux et de mon idée de la fête ; les thèmes de soirées, le style graphique des flyers, les décors, les dance acts. Arriver le weekend et pouvoir me retrouver à mixer dans un univers que j’avais imaginé, entouré d’un public qui me ressemblait, festif, joyeux, ouvert d’esprit, beau et magique, c’est, je pense, la plus belle expérience que j’ai eu la chance de vivre. 

BF&S : Comment expliques-tu le déclin rapide de cette culture ?

Johan : C’est un mélange de plusieurs facteurs je crois. De plus en plus de contrôles sur les routes en allant en club ou en y rentrant, des clubs qui n’ont pas su se renouveler ou ont perdu leur identité avec le succès. Toujours plus grand, toujours plus de monde, mais du monde de moins bonne qualité, des curieux qui allaient dans les clubs “Techno” belges parce que c’était là qu’il fallait être, sans y comprendre, ni les valeurs, ni les règles. Les gros festivals avec des moyens gigantesques avec des dizaines de deejays “star” ont donné le coup de massue final. Pourquoi donner 15 euros d’entrée dans une boite où il ne s’y passe rien alors qu’avec 50 euros en festival on a 30 deejays et trois, quatres ou cinq scènes ? Mais cela fait un moment que je pense que les gens vont revenir à des choses plus intimistes, plus chaleureuses, plus exclusives. Et avec ce qui se passe actuellement, sans doute plus vite qu’on ne le pense.

BF&S : Pour autant, lorsque l’on regarde sur Facebook, il existe des communautés de clubber encore actives. Tu peux nous parler de ta page “H2o White Room Lovers”

Johan : J’ai juste senti à un moment qu’il y avait beaucoup de nostalgie de la part de tous les clubbers qui fréquentaient l’h2o de n’avoir jamais rien trouvé de similaire ailleurs 5/6 ans après. Je me suis dit que c’était le bon moment pour assouvir ce manque en ouvrant une page en hommage au style musical particulier qu’on jouait, en proposant des tracks issus de nos collections de vinyles, mais aussi des vidéos des meilleures soirées, retrouvées dans des archives, via des amis….

BF&S : Quels sont tes projets à venir ? 

Johan : Je n’ai jamais été quelqu’un qui fait des projets car je suis tellement quelqu’un qui veut toucher à tout qu’un jour je peux avoir envie de fonder mon propre concept de soirée, et le mois suivant avoir envie d’ouvrir des chambres d’hôtes sur un petit coin de plage, et le mois suivant me dire que je suis trop vieux pour tout ça et me laisser vivre. Mon seul projet à long terme, car ça y est je ne suis plus tout jeune, c’est d’avoir une vie plus calme, profiter de mes weekends, continuer à rester curieux, passionné, de faire les choses par plaisir, participer a de chouettes projets qui innovent et qui me ressemblent, fait par des gens avec qui j’ai des affinités, et de m’entourer de personnes qui m’inspirent et me tirent vers le haut.

Photo de Johan ancien Dj de l'h2o, à Pecq, en Belgique

BF&S : Merci pour tout Johan! Avant de nous quitter, peux-tu répondre à ces petites questions rapides ? Est-ce que tu as une anecdote à nous raconter ?

Johan : J’ai eu la chance d’avoir été invité pour jouer au Pacha ou au Space, dans la première, je me suis fait virer des platines parce que j’étais trop bourré, je retirais le disque qui tournait, et dans la seconde, j’avais trop fait la fête, j’ai voulu me reposer avant mon booking et je me suis réveillé le lendemain. C’est sans doute pour ça que je suis quelqu’un qui évite tant bien que mal de faire des projets, parce qu’à la base c’était quand même un rêve de pouvoir jouer dans de telles boites, et pas de me bourrer la gueule avant :p

BF&S : Quel est ton plus beau souvenir vécu en club ?

Johan : Avoir invité des deejays internationaux qui me faisaient rêver et les voir prendre un pied de dingue dans une toute petite boite au fin fond d’un petit village en Belgique lol

BF&S : Un mix que tu veux partager (boiler room, cercle…) ? 

Johan : Tout les lives du cercle, car je suis fan de mettre un deejay dans un décor incroyable et de le voir s’imprégner du lieu et de partager son ressenti à travers sa musique.

BF&S : La chanson indémodable ?

Johan : Toutes celles qui font toujours sourire 20 ans après et qui traversent des générations.

BF&S : Quels sont tes autres talents ?

Johan : Faudrait que je demande autour de moi lol. Comme je passe ma vie a chercher partout des choses qui peuvent me stimuler et me surprendre, je pense que je suis souvent le gars du groupe qui va faire découvrir aux autres les trucs dont tout le monde parlera, portera, écoutera ou regardera dans 6 mois.

BF&S : Ta bière préférée, ton repas favoris, ta musique de coeur ? (On est chez Beer Food & Sound il ne faut pas l’oublier 🙂 )

Johan : La duvel, un bon risotto avec en fond musical Massive attack “Unfinished sympathy”

BF&S : Un dernier mot avant de nous dire au revoir ?

Johan : Je sais que tu étais un fidèle client et que tu as soutenu notre musique de nombreuses nuits, merci d’avoir pensé à moi pour cette interview et de pouvoir te soutenir moi aussi à ma façon dans ton beau projet.

Beer Food and Sound, from Lille to everyone.

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